Juin 2011
Depuis de trop nombreux siècles, afin que quelqu'un soit reconnu comme poète, il fallait qu'il fasse la preuve incontestable qu'il était capable de jouir intensément de sa souffrance.
Le poète devait apprendre à exprimer sa douleur ou son angoisse, ses incertitudes et ses peurs avec des mots qui montraient de la profondeur. À son écriture on retrouvait nécessairement les idéaux de la quête de l’absolu, de la soif inassouvible de bonheur, de l'élan patriotique, de la passion et parfois même de la colère. Mais surtout, le poète devait réussir à s'exprimer comme si c'était l'âme elle-même qui souffrait de son existence humaine. Le choix des mots était de la plus haute importance, d'où le génie de l'écrivain, d'où sa force évocatrice.
Mais il fallait davantage encore, afin de faire partie de l'élite des poètes. Chaque poète devait sauvegarder en tous ses écrits le plus noble des hermétismes intellectuels ou linguistiques. Livrer ses sentiments ne devait jamais se faire d'une manière trop accessible ou trop commune. La souffrance d'un poète devait toujours paraître plus exaltée que celle des autres humains. Son angoisse devait faire l'escalade des sentiments jusqu'à ce qu'elle paraisse toucher l'extrémité des désirs.
Encore aujourd'hui, ceux qui veulent être reconnus comme poètes doivent passer ce ridicule test du mal à l'âme et de l'hermétisme intellectuel. En réalité tout cela est si superficiel, sous les apparences d'une grande profondeur intellectuelle.
J'ose prédire la fin des fausses conceptions à propos de la poésie et affirmer qu'il n'existe aucune profondeur réelle dans une manière de souffrir qui soit plus raffinée. Heureusement, plusieurs millénaires de cette ignorance massive sont maintenant sur le point d'être dépassés. Les érudits n'en croiront pas leurs yeux, eux qui ont glorifié cette autre manière d'être, la faisant passer pour le sommet du sentiment humain.
Désormais ce sera par l’illumination intérieure qui est un état naturel de bonheur indescriptible, qu'on mesurera la hauteur de l'état poétique qu'a pu réaliser un poète. Il y aura des poètes par millions qui n’écriront pas une seule ligne sur le papier. Les plis joyeux de leurs yeux seront leur écriture. Plutôt que d'accorder une valeur suprême au seul pouvoir évocateur des mots, on connaîtra désormais que l'état poétique vient de l'infinie présence de la félicité qui se cache au coeur de l'âme. S’il y a tant de douleur dans le monde, ce n’est que par manque de cette poésie. Cette conscience est l'unique muse, l'unique beauté, la suprême extase. Elle unifie toute chose en l'âme du poète, lui faisant chanter la réalité de l'existence illimitée.
Plus on a contact avec l'âme et plus on est poète. Et moins il est possible de souffrir!
Même si le génie des mots peut parfois être remarquable, s'il y a souffrance, cette poésie ne présente que la vague et elle rate complètement la profondeur de l’océan. Désormais il ne sera plus possible de confondre le seul génie de l'écriture avec l'état poétique réel qui n'a même pas besoin d'être mis en mots pour s'exprimer dans tous les langages de l'être. La poésie sera dansée, ciselée, cuisinée, racontée, construite, chantée. Elle sera vécue spontanément au quotidien.
Il faut le dire et je le dis : « La souffrance est une exiguïté de la conscience. » Elle est finalement très peu poétique. Pourquoi a-t-on donné tant d'importance aux oeuvres de la douleur au long de tant de siècles?
Dans un avenir assez rapproché, on mettra à la poubelle des millions de livres car personne ne les lira plus. Celui qui est heureux de manière indescriptible perd toute envie de lire ne serait-ce qu’une seule ligne sur la souffrance. Qui voudrait boire du vinaigre pour étancher sa soif?
Une compréhension nouvelle de la poésie est apparue grâce à ma pratique de la Méditation Transcendantale. J’ai vu que les écrivains du monde entier vont désormais exprimer de plus en plus les langages de leur être complet. Ils vont connaître l’océan de la conscience. Bientôt les poètes seront l’expression directe de la félicité de la race humaine.